Accueil 9 Physiologie 9 La myosite chez le cheval de course

La myosite chez le cheval, également connue sous le nom de coup de sang, maladie du lundi ou encore rhabdomyolyse à l’exercice, est définie comme une maladie musculaire douloureuse induite par l’exercice. C’est une inflammation des muscles qui survient après un effort physique. Elle est liée à la dégradation des cellules musculaires.

Contrairement aux crampes musculaires chez l’homme, la myosite du cheval n’est pas localisée à un seul endroit, et les crampes ressenties sont extrêmement plus douloureuses.

Bien que cette pathologie apparaisse de manière occasionnelle, avec des crises ponctuelles, certains chevaux connaissent des formes plus chroniques de cette maladie.

La myosite du cheval constitue un réel frein pour la carrière sportive d’un cheval. En effet, outre la période de convalescence nécessaire pour l’organisme, elle peut également entraîner de lourdes séquelles pour le cheval.

Qu’est-ce que la myosite chez le cheval athlète ?

Pour rappel, il existe 3 types de muscles chez le cheval : le muscle cardiaque, les muscles lisses et les muscles squelettiques. Ce sont les muscles squelettiques qui interviennent lors d’une myosite. Il s’agit des muscles qui, par l’intermédiaire du tendon, se fixent au squelette et contribuent au mouvement de celui-ci. Ils sont composés de fibres musculaires dites striées.

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La myosite du cheval correspond à la destruction de ces fibres musculaires pendant l’effort, au cours de laquelle est libérée de la myoglobine dans le sang. Molécule voisine de l’hémoglobine, elle permet de stocker de l’oxygène dans les cellules musculaires. Celle-ci sera alors éliminée dans les urines, dont la couleur sera plus foncée.

Pour résumer, la myosite du cheval est liée à une perturbation de l’équilibre de la cellule musculaire, et engendre une inflammation des muscles du cheval.

Quelles sont les causes de la myosite chez le cheval athlète ?

Différents facteurs peuvent déclencher une inflammation du muscle et perturber l’équilibre des cellules musculaires. Cette pathologie est toujours liée à un effort dont l’intensité n’est pas adaptée à la condition physique du cheval en question.

Selon la forme de myosite, les causes divergent.

La forme sporadique (dite ponctuelle)

Elle se déclenche souvent à la suite d’exercices physiques inadaptés.

  • Surcharge musculaire après un exercice violent: trop long, trop intense, ou n’ayant pas été précédé d’un échauffement suffisant.
  • Reprise du travail après une période de repos sans diminution de la ration (d’où l’appellation « maladie du lundi »).
  • Effort prolongé dans des conditions climatiques extrêmes qui entraîne une déshydratation et un déséquilibre électrolytique.
  • Exercice intense lorsque le cheval souffre d’une pathologie : maladie, fièvre, boiterie, infection virale.
  • Surentraînement.

    Elle peut également survenir en cas d’une alimentation inadaptée :

    • Ration trop riche en amidon lors des jours de repos qui entraîne un excès énergétique.
    • Régime alimentaire non équilibré – Carences en antioxydants.
    • Déficit en électrolytes et déshydratation (en été comme en hiver).

    La forme chronique (dite récurrente)

    Certains chevaux connaissent des épisodes de myosite sous forme chronique. Cette forme est généralement induite par des anomalies génétiques héréditaires.

    La myosite récurrente à l’exercice ou MRE (RER en anglais, Recurrent exertional Rhabdomyolisis) est principalement rencontrée chez le pur-sang anglais, les trotteurs et les chevaux arabes.  L’origine de cette récurrence chez ces races de chevaux n’est pas connue. L’hypothèse la plus évoquée traitait de l’augmentation de l’acide lactique lors de l’effort musculaire, mais des études expérimentales ont montré que les concentrations de lactates étaient faibles au moment de l’épisode de MRE. Les symptômes apparaîtraient le plus souvent après 15 – 30 minutes d’effort modéré, donc lors d’une phase aérobie. Cette anomalie serait causée par une mauvaise régulation du calcium intra-cellulaire, responsable de la contraction musculaire. Un dysfonctionnement cyclique des contractions-relâchements résulterait de cette mauvaise régulation.

    Les épisodes de MRE apparaissent le plus souvent lors d’effort long et lent. Ainsi, un dysfonctionnement répété pourrait expliquer la survenue de contractions musculaires excessives, entraînant elle-même la destruction de cellules musculaires.

    La PSSM (pour “PolySaccharide Storage Myopathy” en anglais) est caractérisée par un stockage du glucose dans la cellule sous une forme anormale. Suite à cette anomalie, le glycogène ne peut pas être utilisé pour produire de l’énergie pour la cellule.

    Ainsi, la PSSM est une situation anormale où une trop grande quantité de glycogène est stockée dans le muscle. Toutefois, ce glycogène ne peut être utilisé pour produire de l’énergie, ce qui entraîne un dysfonctionnement au niveau de la cellule musculaire, et une destruction des fibres.

    Quels sont les symptômes de la myosite chez le cheval athlète ?

     Parmi les symptômes de la myosite, les plus courants sont :

    – Raccourcissement de la foulée au cours de l’exercice

    – Raideur et difficulté à se déplacer

    – Douleurs musculaires fortes – notamment au niveau des muscles dorsaux et fessiers.

    – Transpiration excessive

    – Myoclonies – contraction musculaire involontaires

    – Augmentation de la température (>38°C)

    – Augmentation de la fréquence cardiaque et respiratoire

    – Myolobinurie – urines foncées à cause de la présence de myoglobine liée à la destruction de cellules musculaires.

    – Boiterie au travail

    Comment diagnostiquer une myosite chez le cheval ?

    Outre l’apparition des symptômes listés ci-dessus, il est important de réaliser une prise de sang afin de mettre en évidence l’augmentation de l’activité des enzymes musculaires. Cela permettra d’évaluer le degré de la crise pour adapter sa prise en charge et le suivi de la convalescence.

    La myosite chez le cheval athlète provoque d’importantes modifications biochimiques dans le sang. Des analyses complémentaires permettent de les identifier :

    • En Créatine Kinase (CK) – Présente dans les muscles, elle permet la contraction musculaire. Elle n’est pas présente en quantité significative dans le sang car la créatine Kinase est normalement située à l’intérieur des cellules. Lors des lésions musculaires, sa quantité augmente dans le sang.
    • En Asparate amino-transférase (ASAT) – Généralement présente dans le foie, cette enzyme est un marqueur de lésion musculaire.

    Ces 2 enzymes musculaires sont produites par l’organisme suite à la destruction de fibres musculaires. Un taux élevé de CK est un indicateur de myosite récente. Il atteint son niveau maximum quelques heures après la crise, et redevient normal dans les 3 – 4 jours. La taux d’ASAT, quant à lui, augmente plus lentement, et atteint son niveau maximum 1 ou 2 jours après la crise.

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    Comment prévenir le risque de myosite chez le cheval athlète ?

    Un entraînement régulier et adapté

    Le programme d’entraînement doit être adapté à l’âge et à la condition physique de chaque cheval. Une période d’échauffement doit être respectée, ainsi qu’une phase de relâchement musculaire et un temps de récupération après le travail. L’environnement du travail joue un rôle sur la nervosité des chevaux : instaurer une routine est primordial pour leur bien-être. Ceci est d’autant plus valable chez les jeunes chevaux, dont l’excitation et la gestion de leur stress jouent un rôle chez les sujets sensibles aux coups de sang.

    Une alimentation adaptée à l’effort physique

    Comme énoncé précédemment, une alimentation adaptée à l’effort physique est très importante dans la prévention d’un coup de sang. Une alimentation trop riche en amidon et en sucres peut favoriser le déclenchement d’une myosite chez un cheval prédisposé. Ce type de ration provoque une accumulation du glucose dans le sang. Ce processus entraîne alors la sécrétion d’insuline, qui est l’hormone responsable de faire entrer le glucose dans les cellules. Cependant, cette sécrétion favorise la production de sérotonine au niveau du système nerveux centrale. Or, un excès de sérotonine peut induire une hyper activité mentale, responsable de troubles comportementaux. Ces derniers, suite à l’excitation et au stress produits, contribue au développement des facteurs de risque d’une myosite, et parfois entraîne le déclenchement d’une crise.

    Ainsi, l’alimentation doit être adaptée et l’apport en glucide réduit en période de repos.

    Un suivi régulier des symptômes

    Chez les chevaux faisant des coups de sang à répétition, il peut être intéressant de monitorer l’entraînement, notamment lors d’exercices long et lent, ainsi que lors d’exercices intenses. Cela permettra de surveiller la fréquence cardiaque, ainsi que la locomotion du cheval.

    Conclusion

    La myosite est une pathologie liée à la dégradation des cellules musculaires. Pouvant être à la fois ponctuelle ou bien chronique, cette maladie peut s’avérer très dangereuse pour le cheval si elle n’est pas correctement adressée. La collecte et l’analyse des données d’entraînement peuvent contribuer au travail de prévention de la myosite chez le cheval, et ainsi réduire le risque d’accident.

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    Mots clés : myosite, coup de sang, maladie du lundi, prévention, vétérinaire, suivi du cheval