Accueil 9 Course 9 Quelle est l’influence de l’équipement sur la performance des chevaux de course ?

De nos jours, l’influence de l’équipement sur le cheval de course peut paraître secondaire dans la performance. En effet, ce dernier est réduit au maximum afin de limiter le poids porté par le cheval le jour de la course. Son rôle joué dans une performance ou contre-performance peut être considéré comme non significatif. Pourtant, des études scientifiques se sont intéressées à l’influence de la pression exercée par l’équipement sur la performance d’un cheval, en course, mais aussi à l’entraînement. Un matériel inadéquat pourrait engendrer une modification de la locomotion lors d’un effort intense, qui à long terme pourrait être synonyme d’un développement pathologique.

Notre équipe s’est intéressée aux différentes études existantes afin de répondre à la problématique suivante : comment l’équipement influence-t-il la performance et la santé du cheval de course ? Nous présenterons tout d’abord les études traitant de l’impact de l’équipement sur le cheval de course pour ensuite démontrer les conséquences sur la performance et la santé du cheval.

Comment l’équipement impacte-t-il le cheval ? 

Dans cet article, l’équipement est considéré comme l’ensemble du matériel utilisé pour l’entraînement du cheval de course, composé systématiquement d’une selle, d’au moins un tapis, d’une bride et parfois d’un collier de chasse ou bricole. Cet équipement crée des points de pression chez le cheval et influence sa performance.

Les points de pression créés par la selle

Aujourd’hui, dans la majorité des écuries de courses, chaque selle est attribuée à un cavalier d’entraînement et non à chaque cheval. En effet, en raison du turn-over des chevaux dans les écuries de course ainsi que leur croissance, il peut être difficile d’adapter spécifiquement une selle à chaque cheval. Une selle mal adaptée est synonyme de mauvaise répartition du poids du cavalier. Lorsque le poids du cavalier n’est pas réparti de manière homogène sur le dos du cheval, des points de pression peuvent être créés. Lors d’un effort à grande vitesse, ces points de pression peuvent devenir inconfortables pour le cheval et le conduire à compenser cet inconfort en altérant sa locomotion. 

Pour s’assurer que la selle est adaptée à votre cheval, il existe de nombreuses solutions. Une première évaluation peut être effectuée facilement : assurez-vous que la transpiration sous la selle après le travail est homogène. Si ce n’est pas le cas, et que vous notez la présence de points secs, cela signifie que la pression à cet endroit était telle que la circulation sanguine était altérée. Les tissus musculaires de cette zone et les glandes responsables de la transpiration ne pouvaient pas fonctionner. Ce sont des symptômes qui peuvent traduire des douleurs dorsales induites par la selle.

En améliorant la qualité des matelassures, il est possible de rééquilibrer la position de la selle sur le cheval. Ce n’est pas tout, la forme de l’arçon est primordiale pour réduire les zones de pression. 

L’image ci-dessous présente une étude comparative entre quatre selles avec différents types d’arçons (Reducing the pressure. (2021). Trainer Magazine, 73, 56‑60. http://www.trainermagazine.com).

Reducing the pressure. (2021). Trainer Magazine, 73, 56‑60. http://www.trainermagazine.com

Nous pouvons remarquer que la pression exercée sur le dos du cheval par la selle à demi-arçon est supérieure à 45 kPa autour du garrot. Cela correspond à une pression de 459 grammes par cm².  

L’arçon ¾ présente une asymétrie de la répartition de la pression autour du garrot, celle-ci est concentrée du côté droit. 

La selle à arçon complet affiche une répartition de la pression plus symétrique et sur une plus grande surface que les deux premières, mais la pression autour du garrot est présente.

La selle à l’arçon FairFax ne présente quasiment pas de point de pression supérieur à 25 kPa (255 g/cm²).

L’analyse de la foulée montre qu’un meilleur engagement des postérieurs est observable lorsque le garrot est libéré. Ce meilleur engagement est le résultat d’un meilleur fonctionnement du dos du cheval qui traduit un travail musculaire amélioré.

Ainsi, il existe un potentiel d’amélioration dans la fabrication des selles utilisées habituellement à l’entraînement.

La liberté du dos et du garrot est primordiale pour permettre au cheval d’exprimer son potentiel.

Les points de pression générés par le tapis/pad

Pour compenser ce problème d’adaptation de la selle, plusieurs pads/tapis superposés sont généralement utilisés.

Cependant aucune étude ne prouve que cette méthode réduit les pressions ou apporte du confort, elle peut au contraire affecter la locomotion. Cette superposition crée une épaisseur plus importante entre la selle et le cheval. Cela ne permet pas systématiquement la libération de la colonne verticale et du garrot.

Lorsque le jockey est en équilibre, 90 % de son poids est concentré autour du garrot. Zone particulièrement sensible à la pression puisque le garrot correspond à l’origine de nombreux muscles liés à la locomotion.

Une étude a comparé l’efficacité des différents types de pads.(Scientific research quantifies the impact different pads have on the horse’s performance. (2021). Trainer, 72, 52‑56. http://www.trainermagazine.com). Celle-ci démontre qu’un pad en mousse absorbe la pression à 65 % mieux que le pad en gel. Un pad en polyfill (Puffer pad) absorbe les chocs à 44 % mieux que le pad en gel.

La forme du tapis est aussi importante. Un tapis avec une ligne de dos droite a tendance à appuyer sur la ligne de dos. Il existe sur le marché des tapis anatomiques avec une ligne de dos dégarrottée qui empêche le tapis de venir comprimer le garrot.

La superposition des tapis entraîne par ailleurs l’éloignement du jockey de son cheval. Cela peut créer une sensation de déséquilibre et une tendance à serrer davantage le sanglage et limiter les capacités respiratoires du cheval lors de l’effort. 

Il est conseillé de limiter la superposition de tapis. En effet, en utiliser un seul adapté sera plus efficace que plusieurs qui risquent de coincer le garrot et la colonne vertébrale.

Les points de pression générés par la bricole ou collier de chasse

Utilisés principalement comme élément de sécurité afin de maintenir la selle en place, la bricole et le collier de chasse ont une incidence sur l’avant-main. 

En effet, une étude a montré qu’une bricole ou un collier de chasse peuvent avoir des effets négatifs impactant l’action du cheval. (Scientific research uncovers how breastplates & breast girths can inhibit performance. (2021). Trainer, 74, 56‑60. http://www.trainermagazine.com). Cette étude porte sur les chevaux de saut d’obstacle, mais ces conclusions sont applicables aux chevaux de courses d’obstacles. 

L’image ci-dessous permet de comparer la trajectoire d’un saut avec et sans collier de chasse. Nous pouvons remarquer que la trajectoire du saut avec le collier est raccourcie, la réception est plus proche de l’obstacle.

Analyse de la trajectoire du saut avec et sans collier de chasse (Scientific research uncovers how breastplates & breast girths can inhibit performance. (2021). Trainer, 74, 56‑60)

Comparativement, le cheval se réceptionne, pour un saut à 1m20 de haut, à 0,5 m plus loin lorsqu’il ne porte pas de collier. On peut ainsi calculer que dans le cadre d’une course de 12 obstacles, le cheval équipé d’un collier pourrait perdre environ 6m de terrain. Ces 6m correspondent à la distance qui n’est pas couverte par les sauts. 

De plus, cette étude suggère qu’en plus de la qualité des sauts, la foulée de galop elle-même pourrait être raccourcie.

Enfin, si la bricole est mal réglée, elle peut appuyer sur la trachée et gêner la respiration. Le manque d’oxygène peut alors augmenter le risque de fatigue. 

Un risque de blessure accru

Les selles de course, utilisées de façon très ponctuelle, n’ont pas de réel impact quantifiable sur la performance et la santé du cheval. En revanche, les selles d’entraînement ont une influence non négligeable. Lors de la course, le cheval doit être en pleine possession de ses moyens, c’est pourquoi il est important d’utiliser du matériel qui ne surcharge pas le garrot et la colonne vertébrale.

Pour augmenter sa vitesse, le cheval varie deux facteurs : sa cadence et son amplitude. Naturellement, pour limiter sa dépense énergétique, le cheval augmente l’amplitude de ses foulées et ensuite accélère sa cadence afin d’atteindre sa vitesse maximale. Cependant, lorsque la selle exerce une gêne sur les muscles du dos, le cheval ne peut atteindre son amplitude maximale et compense par une augmentation plus élevée de la cadence, il se précipite. Une étude (Scientific research quantifies the impact different pads have on the horse’s performance. (2021). Trainer, 72, 52‑56.) considère qu’une pression supérieure à 35 kPa comprime les vaisseaux capillaires et dégrade les tissus souples comme les tissus musculaires par exemple. Il faudrait 100 000 foulées de galop pour endommager les tissus souples soumis à une telle pression selon cette étude. Cette augmentation de la cadence peut donc augmenter le risque de blessure.

Une compression de la trachée et/ou de la cage thoracique altère la capacité respiratoire du cheval et entraîne une fatigue précoce lors d’un effort intense (course).

Le rôle d’EQUIMETRE dans la détection d’un changement de locomotion

EQUIMETRE ne pourra pas déterminer si l’équipement est adapté à votre cheval. Cependant, ce capteur peut permettre d’identifier une modification de la locomotion grâce à la mesure de la cadence et de l’amplitude. 

Ces données témoignent d’une légère dégradation de la locomotion. En effet, lors d’un entraînement à même vitesse, le cheval a perdu environ 25cm d’action. Ce raccourcissement est également corrélé à une mauvaise récupération. Ces data peuvent soulever un soucis, ou bien un inconfort pour le cheval.

De plus, les données offrent un outil comparatif afin de déterminer si l’équipement est adapté. En effet, grâce à l’analyse de la locomotion par la mesure de l’amplitude des foulées et de la cadence, il est possible d’effectuer des tests comparatifs. En modifiant les paramètres tels que le type de pad, l’intensité du sanglage, la selle utilisée, le réglage de la bride et celui de la bricole et en vérifiant à chaque fois la qualité de la cadence et de l’amplitude, il peut être possible de déterminer la combinaison la plus adaptée au cheval.

 

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